Violences et interpellations pour empêcherles journalistes de couvrir les manifestations au Kurdistan irakien
PM:04:05:30/12/2017


Une chaîne a été fermée et des dizaines de journalistes ont été empêchés de couvrir les manifestations d’opposition de ces derniers jours. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités et les manifestants à laisser les médias accomplir leur travail d’information sans entrave.


Au Kurdistan irakien, des dizaines de journalistes ont été victimes de violence et d’intimidation de la part de membres des forces de sécurité, afin de les empêcher de couvrir les manifestations parfois sanglantes de ces derniers jours.


Ari Luqman, correspondant de la chaîne KNN, a été blessé à la main lors de la couverture des manifestations du 19 décembre à Chamchamal, entre Souleimaniyeh et Kirkouk, tandis que son caméraman Hemn Ahmed a, lui, été blessé à la cheville par les forces de sécurité, et a vu son matériel brisé. De nombreux autres cas d’intimidation musclés ont également été recensés, comme celui de Choman Osman, reporter de la chaîne KNN, qui couvrait les manifestations de Halabja, le 20 décembre.


Autre cas, celui de Dana Sohpi Braim. Ce journaliste de Xendan affirme avoir été blessé à la tête par les gardes du corps d’un responsable des forces de sécurité du PUK à qui il demandait un commentaire sur la situation à Rania le 18 décembre. Le journaliste dit avoir été interpellé dans la rue trois jours plus tard pour être interrogé toute la journée par les forces de sécurité qui le soupçonnaient d’être le responsable de pages politiques de l’opposition sur les réseaux sociaux.  


Des journalistes intimidés et arrêtés
 

Parfois la détention et l’interrogatoire durent plusieurs jours comme celle de Bahoz Nesradin, journaliste du site web de la chaîne NRT, détenu entre les 24 et 27 décembre dans la ville de Souleimaniyeh.


Suhaib Ahmed, le directeur de NRT digital media a été arrêté la nuit du 24 décembre alors qu’il était à l’aéroport de Souleimaniyeh, d’où il voulait se rendre à Bagdad.

Awat Ali, le directeur de NRT au Kurdistan, se dit quant à lui contraint à la clandestinité depuis la fermeture forcée de son média, de peur d’être arrêté. Il se retrouve ainsi dans la situation de dizaines d’autres individus, qu’ils soient journalistes engagés, défenseurs des droits humains ou activistes. Hersh Qader, un autre reporter de NRT, basé à Erbil, déclare avoir été pris à parti par les Asayish alors qu’il se rendait  pour des motifs privés à Souleimaniyeh le 21 décembre : six membres des forces de sécurité lui auraient demandé de confirmer qu’il travaillait pour NRT, et l’auraient alors insulté, menacé en pointant leurs armes dans sa direction, puis lui auraient intimé l’ordre de rentrer à Erbil. L’un d’entre eux l’a même frappé, selon une organisation locale de défense des journalistes.


Si les journalistes de NRT sont particulièrement visés, ils ne sont pas les seuls : le reporter de Roj News à Qladaze Ali Qader a par exemple passé quelques heures en détention le 19 décembre.


"Couvrir des manifestations est un droit et ne saurait en cas être considéré comme une incitation à la violence, déclare Reporters sans frontières. RSF  souligne également que les autorités devraient au contraire faire attention à la sécurité des journalistes, comme l’indique la résolution 25/38 de l’ONU adoptée en 2014. En outre, l’intimidation des journalistes par des campagnes d’arrestations ou la fermeture d’une chaîne de télévision liée à l’opposition sape le pluralisme des sources d’information, pourtant essentiel à la démocratie”.


Une chaîne fermée par les autorités


Les autorités kurdes irakiennes ont également fermé les bureaux et les chaînes du bouquet télévisuel d’opposition NRT (NRT1, NRT2, NRT arabe)  le 19 décembre, tout d’abord pour 7 jours. Mais tout le matériel a été confisqué par les forces de sécurité, ce qui laisse craindre une fermeture plus longue. Selon les autorités, NRT aurait encouragé les manifestations et la violence. La chaîne conteste l’existence de fondements légaux pour sa fermeture. Les autorités ont mis hors ligne le site de cette même chaîne le 20 décembre.


NRT se décrit comme indépendante mais est très liée à l’opposition défavorable à l’indépendance du Kurdistan  : son fondateur, qui a quitté sa direction il y a quelques mois pour fonder un  parti d’opposition du nom de Nouvelle Génération, a été arrêté quelques jours, interpellé à l’aéroport le 19 décembre alors qu’il revenait au Kurdistan.


Les manifestants aussi prennent à partie les journalistes

 

Des manifestants ont attaqué et mis le feu aux bâtiments de la chaîne de télévision Raparin et des radios Mashxalan et Yekgrtw à Rania le 19 décembre et au bureau local de la chaîne KNN le même jour à Koya (au nord-ouest de Souleimaniyeh). Nombre de sièges de partis, quelle que soit leur tendance, ont d’ailleurs suscité l’ire des manifestants. Un reporter de Roj news (Hawkar Mustafa), a même été visé par des jets de pierres, le 18 décembre à Saed Sadiq, au sud-est de Suleimaniyeh.



Ces attaques contre les journalistes et les médias sont récurrentes, aggravées par les tensions nationales et régionales, le contexte sécuritaire et les difficultés économiques. RSF a déjà dénoncé à plusieurs reprises les menaces pesant sur les journalistes.


L’Irak figure à la 158ème place sur 180 du Classement 2017 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.